Ô Nuit, tu étais belle ! Oui... mes larmes que viennent broder les scintillements des étoiles tombent en mon souvenir comme miroirs des siècles, et quand me fuient les rêves tant je voudrais mourir ! Alors, je me penche sur ces mystères nus qui d'aussi loin remontent, et je te vois, Toi, mon père Abraham ! Et je lis sans trêve en ta conscience nue l'Appel et la Promesse de ce grand Inconnu ! Ô Nuit ! Que donc es-tu cruelle ! Tu lui portais l'urgence : "Quitte ton pays et fuis ! Fuis tous ceux que tu aimes et fuis ton espérance !
Sais-tu ô Nuit le poids de tant de chaînes ? Que partir enchaîné parcourant tant de plaines ? Et pourtant levant les yeux il t'a regardée, si clair et toi si noire ! Si noire et scintillante... Abraham tu seras et l'Eternel te bénira !
Combien sont les étoiles aux cieux, et tant sur nos rivages, ces grains amants des mers, combien sont-ils nombreux ! Ils te sont Don d'un Dieu que tu ne connais pas... Il est Dieu l'Inconnu, Il est Père et son Fils tant Il L'aime, sais-tu ? Mais, non... tu ne sais pas ! Ô Nuit, déjà tombant sur sa vie, car il était si vieux et le sein de Sara était resté si nu ! Tu lui apprends soudain qu'aussi nombreux le sable et les étoiles, ainsi seront les siens... Toi aussi seras Père, et au Dieu de l'espoir tu offriras l'Unique, celui de la Promesse...
Ô Nuit, comme d'un voile tu recouvres l'Amour, mais, toi, Père, fidèle Abram, tu lèveras le bras sans que tremble ta foi... et ce Père connu révélé en son choix, précèdera tes pas sur les chemins de terre, et cette descendance tu ne sauras compter.
Ô Nuit d'Amour tu es tombée un jour pour bercer en ce linceul cet Unique d'un Père, qui vers Abraham fit même prière, lui confiant la lumière pour éclairer nos nuits... Un Fils dont les bras déchireront le voile sur une scène nue, sur la mort d'un Dieu nu, parce qu'en l'Innocence et en l'Inconnaissance, habitant la Promesse pour avoir tant reçu, pour avoir tout perdu, de nuit, tu avais cru !