J'aurais souhaité ici rejoindre tous ceux d'entre vous qui avez souffert ou qui souffrez maintenant. Depuis que je suis partie à la suite du Christ, pour entendre et recevoir au plus profond du coeur tous les appels de ceux qui jettent leurs cris dans la solitude et ne sont pas entendus, ou ceux dont les cris sont étouffés par les flonflons des fêtes, de tous ceux qui s'étourdissent pour oublier que la vie leur est dure, ou peut-être pas assez signifiante, c'est très dur d'être là où tout paraît insignifiant, privé de tout sens. Béance immense qui s'ouvre au plus profond de leur coeur et de leur âme, aussi de leur humanité totale où tant de pourquoi sans réponse se pressent et ne comprennent pas pourquoi, et surtout pourquoi nulle main offerte d’un frère ne se trouve là pour recueillir ce cri, et peut-être aussi panser cette plaie, et soutenir un peu la tête qui s'incline, comme happée par un gouffre de désespoir.
Y a-t-il quelqu'un pour répondre, y a-t-il quelqu'un pour entendre et quelqu'un aussi pour attendre ? Je vous adresse et vous offre alors cette complainte qu'un jour de ma vie aussi, j'ai crié et nul ne m'a répondu, j'ai espéré et bien longtemps après, le Seigneur m'a répondu, le Seigneur m'a entendue.
Vous qui passez par le chemin,
ne regardez pas mon visage…
ne laissez pas vos pas
s’enfoncer dans les sillons humides
que creusèrent mes larmes,
et s'imprégner du sang
qui colore les cieux ,
quand il n'est plus de nuit
pour me donner l'oubli !
ne cherchez pas la lumière
sur ces chemins profonds !
Ne cherchez pas d'itinéraires
au coeur de ces creux solitaires !
Unique est celui qui alla
en perdant de sa main transpercée
ce qu'll cueillit d'amour
en mon coeur ravagé…
Ce qu'll prit de semence ,
où la flèche ouvrit une brèche !
Détournez vos regards
de l'exil qui est mien
et qui n'a pas de nom !
nul ne mettra ses pas dans les miens ,
nul ne reconnaîtra l'empreinte des siens ,
car solitaire et désolée
je m'en fus …
même s'il n'est pas de frontière,
même s'il n'est pas de barrière,
restez au seuil de ma désolation,
ne chantez pas pour ma consolation !
En passant, lorsque vous reviendrez,
ne cherchez pas si je m'en suis allée;
N'engagez pas vos pas sur les sillons humides,
ne cherchez pas à faire une moisson
des roses rouges à la tête penchée !
n'étendez pas vos mains
pour briser cette tige !
Ne cherchez pas encor
à graver cette histoire
que raconte le vent
en agitant les feuilles…
je reviendrai pour faire cette moisson
mais ne m'attendez pas !
je reviendrai dans une nuit sans lune
et seule vous entendrez
une complainte morte,
au seuil d'un automne saignant
sur des feuilles jaunies…
Et si vous méditez en oubliant le temps
sur le mystère des sillons refermés,
si vous tendez vos mains
vers l'Aube qui blanchit,
accueillez de ma vie
la rouge partition !
Regardez, mais ne convoitez pas !
laissez - y reposer les notes de cristal…
si vous les convoitiez
vous fermeriez vos coeurs
à cette symphonie
qui guidera vos pas
vers ce temple béni
où repose ma vie
près d'un lac de sang ,
où dansent
sous la voûte sans nuit
des nymphes rouges,
laissant par de profondes blessures
filtrer les feux d'Amour
d' une Aurore éternelle !
derniers cris de ma plume en 1990, retour d’exil